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Janvier 2006. Jour 2 au Japon (premier séjour). Du haut de la tour Funabori le beau-frère m’explique les environs. Au loin près de la rivière Nakagawa, un immense building rectangulaire dans un quartier résidentiel se démarque clairement. Le beau-frère m’explique que c’est "Kyotei Boat Race", un truc de courses aux bateaux. Puis, il ajoute en ricanant; là-bas il y a des vieux monsieurs qui fument des cigares et qui boivent du sake, ils ont un journal à la main et un crayon rouge aux oreilles. Je fais dès lors connaissance avec l'image clichée de l'amateur de kyotei; une image pas très belle et fort répandue auprès des Japonais. J’apprendrai plus tard que la plèbe accourt les courses à bateaux pendant que les patriciens eux favorisent les courses de chevaux.

Le Edogawa Grand Prix a lieu à tous les ans pendant le mois de juin. Je ne suis pas un amateur de course de bateaux, loin de là, mais puisque je suis curieux de nature et que ça se passe dans mon bled j’ai décidé d'y faire mon tour. Je voulais aussi observer les amateurs de ces courses, ces curieux personnages qu’on me décrivait toujours avec un sourire en coin!

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Première étape; attendre la navette gratuite à la station Funabori. Les amateurs de kyotei sont facilement reconnaissables: la ligne d’attente se compose généralement de vieux monsieurs grisonnants, très sérieux et concentrés, sauf pour ceux qui sont déjà en état d’ébriété (ça commence bien une journée!). On m’avait dit de porter une casquette du genre Yomiuri Giants, mais puisque je n’en possède pas une j’ai opté pour celle des Canadiens de Montréal. Erreur, le rouge éclatant contrastait trop avec la foule vêtue de beige, de brun pâle, de kaki, de blanc; des couleurs plutôt sobres (pas de jeu de mots). Soit dit en passant, il n’est pas cool de porter une casquette aux couleurs d’une équipe sportive au Japon, sauf pour les plus jeunes. En tout cas, moi je sortais clairement du lot: "jeune gaijin" avec une casquette rouge! Pas très subtil, c'est comme si une flèche de néon clignotait au-dessus de ma tête. Un coup dans l’autobus moi et le beau-frère étions un peu pris de fou rire; malgré nos tentatives de se déguiser en amateur kyotei, nous avions misérablement failli à la tâche. D'ailleurs, le beau-frère me lança le commentaire suivant: "I feel I’m in the wrong place"!

Quelques minutes plus tard nous étions déjà sur les lieux. Deux grandes statues ornent l'entrée principale, dont une de Daimajin, statue qui selon la légende se réveille pour se venger de ceux qui ne le respectent pas. L’entrée coûte 100 yens. Voici une vidéo de ma visite:

Alors kyotei, comment ça fonctionne?

Premièrement, il faut prendre un journal où figure le programme de la journée. On y retrouve également de nombreuses statistiques sur les pilotes. Par exemple, leur poids, leurs performances à Edogawa ou sur les autres circuits, classements et chiffres de toutes sortes, etc… Le poids peut vraiment faire une différence, au point qu'il fut un temps où les pilotes maigrissaient dangereusement afin d’avoir un avantage sur leurs concurrents. Maintenant il y a un poids minimal à respecter. Si le pilote est trop léger ou non conforme des poids sont ajoutés au bateau tout simplement.

Ensuite, on peut assister à la séance d’échauffement afin de se faire une meilleure idée. Les pilotes font quelques tours question de finaliser quelques réglages. Les parieurs regardent et écoutent attentivement les moindres détails. Un coup terminé on se précipite aux guichets pour parier soit sur une combinaison de 2 ou de 3 bateaux. On peut sélectionner l’ordre précis des gagnants, ou les bateaux qui finiront dans le top 2  ou 3 sans ordre précis. Pour 100 yens on peut aussi demander les judicieux conseils d’un expert-un "yosouya", qui vous remettra un billet soigneusement plié en deux avec ce qu’il croit être les gagnants de la prochaine course. Soit dit en passant, le beau-frère a essayé et malheureusement les conseils n’ont pas porté fruit. Quelques minutes plus tard une courte musique légèrement déchaînée du genre guitare électrique annonce la fin des paris pour la course qui suivra sous peu. Finalement, les courses sont généralement de courtes durées, car les bateaux font en tout 5 tours.

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Mon beau-frère et moi n’avons pas été très chanceux. Je comptais beaucoup sur le "beginner's luck", un peu comme au pachinko. Ma première combinaison: 5-1-4 (sauf pas en ordre, donc 1-4-5). Malheureusement, le code régional de la ville de Montréal ne s'est pas avéré gagnant. Nous étions encore plus malchanceux lors de la deuxième course… le bateau favori s’était chaviré dans les premiers instants de la course.

Avant de partir il fallait rendre visite à une célèbre attraction de Edogawa kyotei: le "Dream Goat". Il s’agit d’une chèvre robot -fonctionnant à l'énergie solaire (oui monsieur) et qui mange les tickets perdants. Il paraît que c’est pour porter chance aux parieurs lors des prochaines courses. Officieusement, c’est plutôt une initiative d'inculquer un certain civisme auprès des amateurs kyotei puisque les perdants frustrés ont tendances à jeter leur tickets un peu partout dans l'établissement. Le degré de chance se mesure par rapport aux mouvements que la chèvre effectue en mangeant les tickets; elle peut bouger ses oreilles, faire aller sa patte en avant, etc. Je croyais que c’était une initiative un peu humoristique, mais il semble qu’il y a des parieurs qui prennent ce rituel très au sérieux. Certains étaient très songeurs lorsque le Dream Goat dévoraient mécaniquement leurs tickets. La paie y avait peut être passée...

Tiens, parlant de courses de bateaux, ça me rappelle une émission de mon enfance.

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