Shibuya, c'est avant tout cette fameuse intersection qui fascine tant le monde. Le "Shibuya Crossing", comme on l'appelle. Assister à la scène en direct est toute une expérience, surtout un samedi après-midi. Il n'y a pas d'équivalence à Montréal, c'est officiel! Cette foule compacte et immense, quand même disciplinée, qui traverse l'intersection dans toutes les directions avant de faire place à la circulation automobile a de quoi à étonner. Plusieurs lignes de trains alimentent la station Shibuya, troisième en importance à Tokyo. Elles crachent conjointement de leurs bouches d'accès des milliers de personnes. Le flot est incessant. Seul la nuit permet aux dalles de respirer un peu. Je me souviens encore de ma "première traversée" en janvier 2006. Dire qu'un jour j'étais pour travailler à 2 minutes de là.

Puisque les photos et les vidéos du Shibuya Crossing abondent sur le web, j'aimerais aborder le sujet sous un angle différent. A mon avis, il y a deux façons -ou plutôt moments, de traverser cette intersection. La première, c'est pas sorcier; on se fraye un chemin parmi la foule, on attend, on regarde passer les voitures, on jette un coup d'oeil sur la foule qui fait face et aux badauds dans le Starbucks cafe. Puis, lorsque le signal de circulation pour les piéton tourne au bleu on traverse, on charge tout droit devant en évitant les autres. Bon, rien de compliqué sauf qu'il y a beaucoup plus de personnes qu'à l'habitude et ça vient de partout.

La "deuxième expérience" est à mon avis plus intéressante. Pour la vivre, ça prend un timing parfait et il faut sortir à la sortie Hachiko des lignes Yamanote ou Ginza. A cet endrot précis la bouche d'accès menant à la ligne Hanzomon cache la vue de l'intersection même si on y est tout près. Notre regard est donc porté vers le haut, les écrans et les immenses affiches qui ornent les murs des édifices. Difficile de ne pas être captivé par les couleurs. Il faut contourner l'édicule du côté droit puis c'est là que s'opère la magie -à la condition que le moment soit parfait bien entendu. On ne peut pas provoquer l'expérience, attendre, il faut que ça soit naturel et ironiquement, ne pas y penser! Lorsque la foule compacte entame la traversée -même ceux qui sont un peu en arrière sont aspirés, il y a un vide temporaire de quelques secondes seulement qui se crée. Au loin on peut voir deux tsunamis de personnes se croiser, puis la vague atténuée et reconstituée fonce alors sur nous. Ok d'accord c'est songé mon truc, mais je vous assure que c'est assez spéciale, surtout quand on ne s'y attend pas et qu'on est un peu perdu dans la brume. A mon avis, le touriste d'un jour n'aura pas la chance de vivre l'expérience comme telle puisque son attention sera accaparée par plusieurs détails en même temps.

Hachiko_Exit_SC

Finalement, un ami japonais m'a un jour demandé pourquoi tant d'étrangers éprouvaient une fascination particulière pour cette intersection. Evidemment, je lui ai expliqué que de voir autant de personnes taverser en même temps et de façon pêle-mêle sans trop de désagrément était un véritable spectacle. Cependant, j'ai ajouté un détail qui a semblé déstabiliser mon interlocuteur. Je lui ai expliqué que la première fois que j'avais assister à la scène, près de la statue Hachiko, j'avais noté un détail complètement surréaliste: le bruit de fond. En effet, en écoutant attentivement je pouvais entendre des "milliers de personnes respirer" en même temps! Bizarrement, je n'ai jamais été capable de revivre cette expérience malgré mes nombreuses tentatives. Mes oreilles se sont sans doutes habituées à Tokyo, la bruyante.

Expérience que je n'ai pas encore accomplie: traverser Shibuya Crossing avec un parapluie! A vrai dire, je n'ose pas. Je préfère la voie souterraine dans ces cas-là.

A suivre...