07/06/10

Kasai, ma station

Kasai_ma_station

Kasai, ma station.

Point de départ et point d’arrivée quotidien. La plupart du temps lorsque je me présente sur le quai vers 11:30, je suis plutôt pensif. J’attends patiemment le train en fixant les quelques tours de logements qui surplombent la station, sachant que dans 45 minutes j’aurai traversé la ville d’est en ouest. J’essaye autant que possible d’attendre le train au même endroit question de moins marcher lorsqu’il sera  temps de changer de ligne. J’ai changé de point d’attente dernièrement. On retrouve dans le troisième paragraphe de ce billet un indice du pourquoi. L’embarquement se passe généralement bien, il y a souvent des places disponibles sur les bancs à cet heure. Les gens de Chiba préfèrent traverser Edogawa-ku d’un coup de vent, c’est-a-dire en prenant le rapid. Tant mieux pour eux.

Par contre, lorsque je me présente sur le quai à 8:00, l’histoire est toute autre et je n’ai pas droit au paisible atmosphère dont j’ai l’habitude: réseau surchargé, train rempli double sinon triple sa capacité, c’est le combat pour entrer dans le wagon, et de survivre la durée du trajet ensuite. Partouze silencieuse de salarymen et salarywomen, on se ferme la gueule et on endure; on est tous dans le même train! Le prochain moment de répit sera à la station Kayabacho que j’ai surnommé Kakabayacho parce que ça sent fréquemment le refoulement d’égouts. Un trajet plus long qu’il devrait être en principe, ce sont parfois les 20 minutes les plus longues et les plus pénibles de ma journée.

Le soir, presque la nuit dans mon cas, c’est avec un véritable soupir de soulagement que j’accueille l’annonce tsugi wa Kasai, Kasai desu - the next station is Kasai. Ça raisonne presque comme un message libérateur. D’accord, je suis arrivé à destination, mais c’est d’abord et avant tout que je vais enfin pouvoir respirer! Le soir on n’a pas la même patience du matin. D’ailleurs, les rares cas de frictions dont j’ai été témoin dans les trains sont survenus pendant ce temps. S’il pleut et que j’ai quitté mon travail un peu plus tôt que d’habitude je regarde alors ma montre-mon keitai un brin nerveux en me demandant si j’aurai le temps de prendre le dernier autobus. Mais bon, j’arrive habituellement plus tard. De toute façon mon vélo est généralement garé dans le stationnement souterrain automatisé. Quelque fois je regagne la maison à la marche. Il fut un temps où je trouvais la marche longue. Maintenant ça m’est égal.

Sinon si par chance j’arrive avant 23:00 j’emprunte la sortie est. Lorsque les portes du train s’ouvrent je descends les escaliers, je me fraie ensuite un chemin à travers la colonne pressée de salarymen qui se dirige vers la sortie principale, puis je remonte sur le quai direction Nakano. J’aime bien éviter la cohue à la limite disciplinée et silencieuse. De plus, il y a de quoi de jouissif de marcher sur un quai sans âmes la nuit au Japon. Je marche à ma cadence, souvent seul, les bottes qui raisonnent, car je marche du talon. Sur le quai, quelques rares personnes attendent le train –pas de pression provenant du troupeau qui suit, et pas d’attente à la lumière afin de traverser la kan-nana dori, et pas d’obstruction causée par ceux qui marchent en écrivant des textos ou les salarymen ivres qui avancent péniblement en zigzagants. Je regarde au loin. Je sombre dans mes rêveries.

Souvent le train qui me rapporte près de chez moi s’arrête quelques minutes afin de laisser passer le rapid qui se dirige directement à la station Uruyasu. Du quai opposé j’aime bien regarder les gens à l’intérieur du train qui file à vive allure; ils veulent se taper quelques stations de moins sur le chemin du retour. Tiens, à quoi pensent-ils ceux-là? Ils sont dans un autre monde. Ils ne m’ont pas vu. Certains ont encore beaucoup de chemin à faire. Dire que tout cela sera à recommencer demain.

La ligne Tozai est surélevée lorsqu’elle traverse Edogawa. La nuit seules les stations sont éclairées. Entre elles c’est la noirceur. Une ligne de noirceur à travers la ville! J’aurais le goût de dire les ténèbres, mais l’expression s’applique mieux à Minami-sunamachi puisque c’est là que la ligne s’enfonce sous le sol. Ces wagons que je méprise tant durant le rush deviennent symboliquement des enveloppes protectrices des âmes jusqu’à la prochaine source de lumière. Univers parallèles –tout est dans la tête. Et lorsque j’emprunte la sortie principale il arrive que je fasse un léger détour afin d’emprunter la passerelle qui traverse la kan-nana dori. De là-haut je m’arrête afin de regarder la ville direction sud.

C’est chez moi.

On passera à d’autre chose prochainement.

Posté par 1GAE à 22:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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