De retour chez nous le 12 mars je fus consterné de constater un nombre impressionnant de emails dans ma boîte. Il y avait des messages qui provenaient de partout: famille, amis, lecteurs du blog, et médias. Il y avait des demandes d'entrevues Skype, radio, etc... J'avais déjà contacté la Presse alors que j'étais pris dans ma tour le vendredi soir. J'aurais bien aimé bloguer au fil des événements, mais évidemment il y avait d'autres priorités plus urgentes. Je me suis quand même signalé avec des billets portant sur la liquéfaction.

Les jours qui ont suivi le séisme j'ai eu le temps d'explorer le Web à partir du travail et il y a quelques détails qui ne me sont pas passés inaperçus.

Si je me fis à ma propre expérience tous les blogs dont la thématique avait un quelconque rapport avec le Japon ont enregistré des hausses d'achalandage substantielles. Naturellement plusieurs ont voulu saisir l'occasion de se faire valoir, de faire le plein de lecteurs, ce qui est tout à fait normal puisqu'un blog est fait pour être lu après tout. Par contre il y en a qui ont poussé un peu trop fort comme on le verra plus loin.

Il y a plusieurs blogs zombies qui ont ressuscité des limbes (il suffit de voir les archives: 2008, 2009 puis tout d'un coup mars 2011). D'autres ont carrément commencé un nouveau blog. Dans certains cas il s'agissait d'une thérapie, des gens ont voulu raconter leur expérience ou faire part de leurs sentiments face aux événements. Fait à noter dans la vaste majorité des cas ces blogs ont été relégués aux oubliettes une fois la majeure partie de la crise terminée. Sinon j'ai bien aimé des trucs du genre Japon: séisme, tsunami & conséquences. On s'est efforcé de rassembler toutes les nouvelles sur un même site et visiblement il y a eu beaucoup de recherches. Aussi il y a eu plusieurs initiatives citoyennes afin de mesurer les niveaux de radioactivité à Tokyo (blogs et Facebook).

Toutefois j'ai aussi remarqué que quelques blogueurs ailleurs au Japon, ceux qui n'avaient pas vécu les problèmes engendrés par le séisme du 11 mars, le tsunami ou le nucléaire, discutaient des événements comme s'ils étaient sur la ligne de front; c'est-à-dire qu'au lieu d'écrire à partir de leur perspective ils ont préféré faire comme s'ils étaient au cœur de l'action. En gros on reprenait essentiellement les nouvelles courantes en y ajoutant une touche personnalisée. Des fois pour faire soi-disant original et crédible on citait des "amis" à Tokyo ou ailleurs. On jouait beaucoup sur la confusion. C'était un peu risible, mais bon on a déjà vu pire. Néanmoins si je me fis à ce que j'ai lu dans la section des commentaires, cela a semblé induire des internautes en erreur.

Par contre là où j'ai trouvé ça moins comique ce sont ces mêmes blogueurs qui ont eu l'audace d'exagérer la situation en diffusant des âneries sensationnalistes... (pour ensuite se faire très rassurant, par exemple lorsqu'une maman inquiète posait des questions dans la section des commentaires). Je n'ai pas bien compris le but de ces initiatives; voulait-on attirer l'attention, gonfler le nombre de visiteurs sur le blog? Franchement c'était pas fort. Il y a des blogs que j'ai arrêté de suivre pour cette raison.

Tenez pendant qu'on est dans le sujet, plusieurs mois plus tard j'ai remarqué qu'il y en a un qui avait dramatisé l'éruption d'un volcan à Kyushu. Aille c'mon...


Facebook

Quant à Facebook, là aussi on a eu droit à des bonnes et des moins bonnes. De mémoire voici un échantillon de perles:

Il y a des flyjins qui ont tenté tant bien que mal de nous faire couler des larmes en dramatisant au maximum leur fuite. On a aussi eu droit à une panoplie de belles excuses. Ben oui... Désolé ça n'a pas fonctionné, même que je dirais que ça eu un effet contraire. Après le terme flyjin on a commencé à parler de "cryjin" pour décrire ces personnes. Avis aux intéressés, la prochaine fois je suggère fortement de garder le profil bas dans ce genre de situation. Mieux vaut se faire discret sans quoi on va se rappeler de vous.

On passe maintenant à la catégorie des hypocrites. Par exemple il y en a un qui écrivait des messages d'encouragement sur son profil du genre "stay strong Tokyo", tous ensemble bla bla bla... pour finalement s'enfuir à Osaka quelques heures plus tard! Note : J'ai remarqué le même pattern au travail, des gens envoyaient des emails d'encouragement à l'échelle de la compagnie en tentant de se faire passer pour des dures pour finalement dégonfler et fuir quelques heures plus tard.

On voulait faire diversion? On était déjà rongé par la culpabilité? Dans le langage Web on appelle ça un Fail.

Finalement d'autres ont annoncé en grande pompe aller dans le nord afin d'aider le Tohoku... pour ensuite revenir deux jours plus tard avec des centaines de photos des sites affectés. Par contre il semble que l'aide comme telle fut très limitée, pour ne pas dire inexistante!

Mettons les choses au clair, personne n'a été dupe: on appelle ça du tourisme macabre.

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